L’Illusion de Yakushima

L’Illusion de Yakushima

5 juillet 2026 Commentaires fermés sur L’Illusion de Yakushima By philippe davand

Résumé

Corry, une jeune femme française, est infirmière coordinatrice de transplantation cardiaque pédiatrique. Formée dans les hôpitaux parisiens, elle a été envoyée dans un hôpital au Japon pour améliorer le fonctionnement d’un service de transplantations où les greffes d’organes sont encore largement un sujet tabou. Corry se bat au quotidien pour réussir la greffe d’un jeune patient d’une douzaine d’années, et vit avec Jin, un photographe originaire de l’île de Yakushima, à l’extrême sud du Japon.
Sortie en salle le 25 février 2026

Critique

L’Illusion de Yakushima repose sur l’entrelacement de deux lignes narratives : d’un côté, le quotidien de Corry (Vicky Krieps), une chirurgienne française travaillant à l’hôpital de Kobe auprès d’enfants en attente d’une transplantation cardiaque ; de l’autre, la peinture de sa relation naissante avec Jin (Kan’ichiro), un photographe japonais rencontré lors d’une escapade dans la forêt de Yakushima. Kawase développe avec cette narration croisée une fable aux accents mystiques où se mêlent l’amour, la mort et la nature. Si le scénario multiplie les embranchements pour lier entre eux ces motifs (par exemple, une opération du cœur a lieu le jour de l’anniversaire de Jin, en même temps qu’un typhon touche le pays), la mise en scène ne parvient pas à donner forme à ce programme. C’est que Kawase semble avoir définitivement perdu la sensorialité vibrante avec laquelle elle enregistrait la nature dans ses premiers films : les plans de drone sur la forêt, les escapades des amoureux ou la façon un peu ridicule dont la protagoniste s’émerveille à haute voix devant ce qui l’entoure (« Oh les jolies fleurs ! ») se confondent ici avec une esthétique de publicité Ushuaïa.
Le scénario se heurte par ailleurs à la difficulté de traiter deux « sujets sociétaux » bien distincts, à savoir le phénomène des johatsu, ces individus qui disparaissent volontairement sans laisser de traces, et les réticences culturelles freinant le recours au don d’organes au Japon, où la mort cérébrale n’est toujours pas considérée dans le pays comme une mort véritable. Le lien entre ces deux problématiques demeure ténu – en dehors d’une considération très vague sur la perte et le deuil –, au point qu’elles paraissent empiéter l’une sur l’autre. Si les séquences hospitalières se révèlent plus stimulantes, elles n’en demeurent pas moins frustrantes, notamment lors des cours de Corry face à ses collègues japonais. Les discussions sur l’éthique de la transplantation évoquent par moments le cinéma de Wiseman, mais les échanges sont rapidement écourtés pour renvoyer les positions de chacun dos à dos. Le choix du montage d’adopter une structure non chronologique apparaît dès lors comme un procédé assez laborieux : supposé élever le récit vers des sphères métaphysiques, il relève davantage d’une stratégie pour varier les tons et le atmosphères. Kawase se montre finalement plus convaincante quand elle s’attache à des situations concrètes, à l’image de la longue et plutôt réussie séquence finale, consacrée à une transplantation cardiaque. Avec cette conclusion terre à terre, le film rompt enfin avec ses élans spirituels et lourdement symboliques – mais un peu trop tard.